Fatalité.
Extrait de : La fascination du pire
de Florian Zeller.
(…)
- Je suis de plus en plus fataliste, tu vois. Si ça doit arriver ça arrive. C’est tout.
- Ça doit te faciliter les choses…
- Je ne tiens pas plus que ça à la vie. (…)
Il me raconta alors, sur un ton presque enjoué, une histoire impossible ; je crois qu’elle avait vocation à m’expliciter sa vision de la fatalité.
- L’histoire se passe à New-York, le 11 septembre 2001, précisa t-il avec une jubilation un peu perverse.
- Oui, j’en ai entendu parler…
- Non, mais c’est l’histoire dans l’histoire… Un type travaille dans une agence de communication dont les bureaux se trouvent dans l’une des deux tours, à l’endroit précis où l’avion est venu se cogner… (J’ai voulu l’interrompre ; je trouvais bizarre l’emploi du verbe « se cogner ». D’après ce que j’avais vu, les avions avaient fait plus que simplement « se cogner » contre les tours, mais bon, c’était peut être une expression suisse.)
« Autant te dire que tous ceux qui travaillaient dans cette boîte sont morts. Or, la veille, le patron de ce type tombe malade et lui demande de le remplacer pour aller voir des clients à Washington. Tu te rends compte ? Le type râle, il est dégoûté, et finalement, ça lui sauve la vie… »
- Comme quoi, dis-je en simulant l’indifférence.
- Attends, ce n’est pas fini… Car l’avion qu’il prend le matin même est justement celui qui va se cogner contre l’une des tours !
- Non !
- Si. Tu vois, il ne pouvait pas échapper à son destin.
Et vous… pensez-vous que notre vie est soumise à notre destin ?
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